Goutte d’inspiration #24

Goutte d’inspiration #24

La nature au rythme du temps

Les gouttes d’inspiration : Au fil des saisons, au fil des balades, cette « brève » est l’occasion de partager avec vous une réflexion inspirée par la nature et l’énergie du vivant.

Dans la nature, chaque espèce a son propre rythme, des papillons d’un jour aux arbres centenaires. Habituellement, les hommes vivent selon un tempo plus homogène, marqué par les besoins physiques comme le sommeil, et les conventions sociales – heures de bureau, heures de repas…

En période de confinement, en revanche, des relations très différentes au temps se mettent en place. Pour certains, le télétravail ne change guère le quotidien, si ce n’est une charge de travail supplémentaire (horaire plus longs, frontières brouillées, cohabitation à gérer, etc.). Pour d’autres, qui sont en baisse d’activité, un nouveau rapport au temps est à réinventer.

Au Jardin, la plupart des espèces vivent aussi en accord avec les saisons : en période de grand froid, l’activité ralentit fortement. Une partie du Jardin s’adapte et j’observe les différentes stratégies qui émergent.

L’araignée belle Epeire opte pour une hyper structuration du temps : elle dessine très méthodiquement les contours de sa toile géométrique et la remplit case par case.

Le chat est un guetteur détendu, le roi de la détente dynamique. Il repère le meilleur endroit pour déguster le soleil et guette, l’air de rien, voyant tout, à la fois détendu et relâché. Il saura sauter sur l’opportunité à la seconde où elle se présentera.

Agilité ou structure.

Certains d’entre nous ont besoin d’une organisation stricte, par exemple sous forme d’emploi du temps, de hiérarchie des tâches et de délais. D’autres préfèrent suivre le flow et s’adapter au moment le plus propice.

Chez les guêpes, la jeune reine gère à la fois la conception des cellules, la ponte, l’approvisionnement en pollen des jeunes larves et futures ouvrières, et la défense de son espace contre les autres prédateurs (dont les autres jeunes reines en quête d’espace optimal). Si elle réussit, elle pourra se reposer sur les futures guerrières et les futures butineuses.

Les abeilles Osmies (une espèce d’abeilles solitaires) sont des passeuses de vie, qui œuvrent à perpétuer leur espèce du matin au soir. Elles sont fécondées dès leur sortie par les mâles qui les attendent en masse, nettoient l’espace dont elles viennent d’émerger (une tige creuse, un trou dans un mur), puis butinent du matin au soir pour rapporter du pollen, le déposer au fond du tube, et pondre des œufs. Leur durée de vie est courte et elles ne verront pas leur progéniture qui émergeront au printemps suivant.

Comme les insectes, nous avons besoin de trouver ce qui nous motive – ce livre que nous voulions lire depuis si longtemps sans jamais trouver l’occasion, plutôt que celui qu’on s’impose sans plaisir pour se cultiver, ou parce que nos proches l’ont aimé. A quoi et pour quoi voulons-nous dédier notre temps ? Que voulons-nous créer ?

Les mésanges longue queue sont des sociales. Elles se regroupent et se protègent quand elles trouvent des endroits propices.

Le merle noir communique, lui aussi. Mais c’est un territorial extraverti : il vocalise à partir d’un perchoir lui permettant de dominer son environnement proche, visuellement et auditivement, et de marquer son territoire.

Nos relations sociales sont compliquées par le confinement : trop, ou trop peu. A nous de réinventer de nouvelles manières de communiquer, et d’apprendre aussi à garder ses distances, pour ceux qui sont confinés avec des membres du foyer : à déterminer quels temps et quels espaces sont réservés aux activités personnelles et lesquels sont dédiés à la socialisation.

Les Pyrrhocoris apterus (les petits “gendarmes” si appréciés des enfants) pourraient, à coup sûr, apprécier le confinement : ils ont l’attente sereine. Ils étaient sortis, ils retournent sous les feuilles se tenir au chaud.

Le papillon citron, un de ceux qui survivent l’hiver, est plus vif et vit par alternances énergétiques. On le voit butiner à grandes envolées pour se réapprovisionner à chaque rayon de soleil, puis se réenrouler telle une feuille morte dès que le froid revient, en quasi stase, avec son corps composé de substances semblables à de l’antigel.

Prévoir ses pauses, donc. Des moments de détente ou tout simplement consacrés à soi-même. Varier les activités (sans pour autant se disperser) pour rompre la monotonie de la vie entre quatre murs tout en gardant ses repères – ou en en trouvant de nouveaux.

Finalement, ce sont les fourmis qui sont les plus adaptables. Elles fonctionnent en « test and learn » en envoyant les exploratrices les plus solides chercher les meilleures sources d’approvisionnement. Elles apprennent à se connaître (collectivement) et à découvrir leur environnement.

Plutôt que d’écouter les injonctions de notre entourage ou des médias sur la « bonne » manière de vivre le confinement, apprendre à se connaître plus profondément. (Re)découvrir ce qui nous fait plaisir et ce qui nous motive. Explorer notre manière de structurer notre quotidien pour que notre énergie et notre envie soit optimale.

Et vous, quelles sont vos stratégies privilégiées d’utilisation de votre temps ?

Marie-France Fourrier

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