Goutte d’inspiration #27

Goutte d’inspiration #27

Exploration de modèles économiques alternatifs (3/3) : Du commerce à l’écologie de marché

Les gouttes d’inspiration : Au fil des saisons, au fil des balades, cette « brève » est l’occasion de partager avec vous une réflexion inspirée par la nature et l’énergie du vivant.

Nous vous proposons pour les prochaines “gouttes d’inspiration” des extraits du livre The Ecology of Commerce publié en 1993 par Paul Hawken*, auteur de Drawdown et directeur exécutif du « Drawdown Project » et du collectif de scientifiques qui y participent (lien ici).

A rapprocher des recommandations de la convention citoyenne pour le climat

« Si le commerce nous montre comment s’enrichir financièrement, l’écologie nous indique que cette richesse n’est qu’illusoire si elle n’est pas fondée sur les principes et les processus cycliques de la nature. Réconcilier les deux pôles de cette dichotomie sera la base essentielle pour accomplir une transformation de l’économie.

Pour aller plus loin, il faut un nouveau langage pour le commerce, une nouvelle façon de voir les choses (…). Le langage du commerce est utile pour en décrire les mécanismes mais il ne peut pas réaliser de jonction avec la biologie (…) pourtant il s’est imposé comme la lingua franca au niveau planétaire. (…)

Le langage commercial semble spécifique mais en fait il n’est pas assez explicite : le commerce n’a que deux mots pour qualifier le profit : brut et net. La manière extraordinairement complexe dont une société fait du bénéfice est résumée à un simple concept numérique clair et précis. On ne sait pas si des gens ou des terres ont été exploités, des ressources épuisées, si cela a apporté des bienfaits à des communautés (…). En d’autres mots le commerce ne fait pas la distinction entre un profit qualitatif et un profit quantitatif.

La pratique économique actuelle est guidée par la promesse que nous pouvons rester comme nous sommes, vivre comme nous avons toujours fait, penser à l’ancienne mode et mener un commerce libre de toute réelle connexion aux cycles, au climat, à la terre ou à la nature. L’économie réparatrice conteste tous ces faits (…)

Dans une économie industrielle, (…) le capital et la croissance étaient déterminés par la capacité à gagner de l’argent. Dans l’économie réparatrice, la viabilité est déterminée par la capacité à intégrer ou à reproduire les systèmes cycliques, dans les moyens de production comme de la distribution. Dans une telle économie, il y a la perspective que gagner de l’argent et restaurer l’environnement se fonderont dans un seul et même processus. (…)

Le coût de destruction de la terre est absent des prix pratiqués sur le marché. Une information essentielle et vitale manque donc à tous les niveaux de l’économie. (…)

Parce que l’économie réparatrice prend le contrepied d’un certain nombre de croyances enracinées sur la manière dont le commerce doit fonctionner, elle risque de précipiter des réformes curieuses dans l’économie. Il y aura des entreprises qui deviendront plus petites mais qui emploieront plus de gens, on pourra gagner de l’argent en vendant l’absence d’un produit ou d’un service, comme c’est le cas quand les services publics offrent de l’efficacité plutôt qu’une augmentation de puissance (…), les entreprises peuvent entrer en compétition pour conserver et accroitre les ressources naturelles plutôt que pour les épuiser.

On pose généralement la question « comment sauver l’environnement ? ». Aussi ridicule que cela puisse paraître de prime abord, la bonne question est peut-être « Comment allons-nous sauver le commerce ? » (…) Les idées et la technologie nécessaires pour redéfinir notre économie et restaurer notre monde naturel sont déjà entre nos mains. Ce qu’il faut c’est une volonté collective.”

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Paul Gerard Hawken, né en Californie en 1946, est un entrepreneur, auteur environnementaliste américain, très impliqué dans l’éducation à l’environnement et considéré comme l’un des pionniers du concept de développement soutenable, domaine dans lequel il a notamment étudié les questions de transition énergétique et de transition vers un monde « bas-carbone ».

Retraité mais encore très actif, il vit actuellement dans la région de la Baie de San Francisco. Il est notamment l’un des inspirateurs du mouvement OuiShare en France et une partie de ses publications ont été publiés dans plus de 50 pays et en 30 langues.

Il est notamment connu pour son ouvrage Drawdown, comment inverser le cours du réchauffement planétaire (livre dans lequel il propose 100 solutions, hiérarchisées, étudiées par des scientifiques pour leur efficacité ; source Wikipédia).

Le projet regroupe 70 chercheurs.euses de 22 nationalités. Ceux-ci ont tout d’abord répertorié et étudié toutes les solutions existantes contre le réchauffement climatique et les ont classés en fonction de leur faisabilité, de leur coût et de leur impact global sur la réduction des émissions de CO2.

Ils ont ensuite élaboré un plan composé de quatre-vingts solutions pour inverser le cours du changement climatique. En décrivant leurs impacts positifs sur le monde financier, les relations sociales et l’environnement, ils nous enjoignent à organiser notre action : commencer par ce qui aura le plus d’impact et construire une stratégie globale et systémique. Paul Hawken est actuellement directeur exécutif du « Drawdown Project ».

Marie-France Fourrier

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